The Last Hillbilly – Poésie rurale et desespoir

 Hillbilly : insulte américaine qui se traduirait par bouseux,  péquenaud des collines

The Last Hillbilly est un documentaire. 1h20, c’est court. Le style me rappelle l’émission StripTease de l’époque où on passait des heures à regarder des familles toutes plus défaillantes les unes que les autres.

Ici on vous emmène tout droit dans la plus rurale des Amériques, celle des Appalaches, au nord-est du Kentucky, état réputé pour ses chevaux et c’est à peu près tout.

Quand on pense Amérique profonde, on pense Rednecks, on pense armes, on pense Trump.  Forcément.

Le reportage vous plonge en immersion dans le quotidien d’un père de famille, Brian et de son clan, au milieu d’une forêt desséchée. On ne sait pas vraiment où c’est, ni où est la plus proche des villes. Ici, point de vues majestueuses sur les paysages américains, On observe, juste, comme cloués au sol. Brian vous raconte sa vie, de génération en génération, ses ancêtres mineurs, la chasse, l’appartenance à un pays, une culture, un sol, une terre, leur terre qu’ils ne quitteraient pour rien au monde. Mais aujourd’hui les mines ont fermé, les possibilités d’emplois sont parties avec et les espoirs aussi.

Ce reportage décomposé en 3 parties est né d’une rencontre entre les deux réalisateurs, Thomas Jenkoe et Diane Sara Bouzgarrou , français qui souhaitaient tourner un film sur l’Amérique profonde et Brian Ritchie, un local.  Alors qu’ils faisaient des repérages dans la région, leur route s’est croisée. Quand Brian les as vus, attablés dans un diner, il est venu les voir, un peu rustre, mais aussi curieux de rencontrer des étrangers qui n’avaient rien à faire là et bienveillant face à ce couple désireux d’en savoir plus sur lui et sur ses proches. Il  leur a  proposé de leur faire visiter « le vrai Kentucky » puis les a emmenés dans sa  famille avant de les inviter à partager leur quotidien, à divers moments de vie sur plusieurs années.  C’est lui qui a choisi les moments à faire figurer dans le film.

Ce qui m’a touchée dans cet homme c’est qu’il a un regard tellement juste sur le monde, presque visionnaire  et totalement désabusé. Pris entre une époque glorieuse qui n’est plus et une nouvelle époque de révolution numérique qui le laisse de marbre avec au milieu, le chômage, l’illettrisme, l’alcool, l’obésité. Et le plus frappant chez cet homme c’est sa sensibilité et son sens des mots. Autodidacte, il a écrit en cachette des  dizaines de poèmes dont sa famille n’était même pas au courant. On sent son attachement viscéral à sa terre, son inquiétude pour ses enfants et son envie de transmettre aux générations futures un savoir qui ne fait pas le poids face à leur nouvelle réalité pleine de technologie et autres maudits réseaux sociaux.

The Last Hillbilly

C’est donc aussi cela cette Amérique de Trump qu’on a tellement décriée depuis notre fenêtre sur les Etats-Unis.

Et puis, il y a les générations futures, comme autant d’enfants, des garçons, des filles, des tout petits, des ados, des jeunes filles qui tuent leur ennui comme elles peuvent en rêvant d’un lendemain qu’elles savent inaccessible et on les regarde, tantôt amusés, tantôt bouleversés et on sent, on sait, ceux qui partiront tenter leur chance ailleurs et ceux qui resteront. A jamais.

The Last Hillbilly » : chez les Richie, petite galaxie autonome des Appalaches

  The Last Hillbilly (2020) de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe La mort en ce paysage | Cahiers du Cinéma            

The Last Hillbilly, sorti au cinéma le 9 juin 2021

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